Chabrier, Verlaine et la musique bouffe…Quand Chabrier, vers 1861, rencontre Verlaine, il a une vingtaine d’années. Si, en fils soumis, il a accepté, suivant une tradition familiale, de suivre, après avoir passé son diplôme de bachelier es lettres, les cours de l’École de Droit, il n’en a pas moins continué de s’adonner, parallèlement et obstinément depuis sa jeunesse, à la composition et de travailler son piano jusqu’à devenir un interprète confirmé et des plus originaux…

Emmanuel Chabrier - "Une éducation manquée" - "Fish Ton Kan" - "Vaucochard et fils 1er" par l'Ensemble Vocal Collegium Musicum de Strasbourg dirigé par Roger Delage

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Depuis 1861 il est entré au Ministère de l’Intérieur comme attaché au secrétariat. Curieux de tout ce qui, dans les arts comme en littérature, se fomente autour de lui, par son ami Adolphe Racot il est introduit chez les Parnassiens, témoin de la naissance du groupe, et vite familier des jeunes écrivains qui élaborent une nouvelle poésie. En intime il fréquente les lieux où ils aiment à se réunir, aussi bien chez Alphonse Lemerre, leur éditeur, que chez la marquise de Ricard, leur protectrice, ou chez la fantasque Nina de Callias, leur muse. Dans ce milieu où un curieux dosage de bohème et de sérieux compose un climat propice aux échanges fructueux, il se lie avec Verlaine. Ils ont sensiblement le même âge et partagent les mêmes goûts. Verlaine, qui raffole de l’opéra bouffe, écrit deux livrets d’opérettes pour Chabrier. […] Ces « paroles » de Verlaine et d’« un ami cher », Lucien Viotti (son condisciple au Lycée Bonaparte avec lequel il avait noué une amitié passionnée), étaient celles de deux opérettes : Vaucochard et Fils 1er et Fisch-Ton-Kan. […] Dès le début éclate cet humour énorme et qui parfois se fait grinçant, cette fantaisie follement imaginative où l’association du compositeur et du poète – qui déclarait : « mes ennemis sont les gens sérieux » – apparaît comme particulièrement étroite. Cet humour qui met en fuite la pédanterie anime toutes les pages de cette musique déboutonnée seulement en apparence. […] Le Cercle International allait accueillir Une Éducation manquée le 1er mars 1879. À Leterrier et Vanloo, librettistes célèbres, auteurs du livret de L’Étoile, il avait demandé de lui fournir celui de cette opérette en un acte. La distribution, particulièrement soignée, groupait Jane Hading (Contran) du Théâtre de la Renaissance (à qui l’œuvre est dédiée), Mademoiselle Rêvai (Hélène) du Théâtre des Folies-Dramatiques, et Louis Morlet (Pausanias) de l’Opéra-Comique. En l’absence d’orchestre, Chabrier tenait le piano. […] À l’occasion de sa reprise en 1913, l’un des admirateurs les plus fervents de Chabrier, sinon son plus direct héritier, Maurice Ravel, écrira : «…il y a […] plus de véritable musique dans cette petite œuvre que dans beaucoup de grands ouvrages lyriques. Dans le moindre couplet, dans la moindre romance, on reconnaît l’auteur si personnel de Gwendoline, du Roi malgré lui, de La Sulamite. C’est de la même matière musicale, moins condensée, mais aussi savoureuse. Combien d’œuvres légères, même parmi les plus récentes, ne paraîtraient désuètes au regard de celle-ci, vieille pourtant de trente-quatre années ? »

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