Il a tout d’un grand ! « Musicien subtile », « maître du contrepoint », « compositeur excellent », « inventeur », les multiples facettes de Phinot se bousculent dans les mots de Spinola, d’Henestrosa, de Cerone, de Pontio ou de Montanos. / Phinot had all the features of a great artist. “A subtle Musician”, “a master of counterpoint”, “an excellent composer”, “an inventor”: those are the various descriptions given by Spinola, Henestrosa, Cerone, Pontio and Montanos.

Dominique Phinot - Messe Quam Pulchra es & Motets par l'Ensemble Scandicus dirigé par Jérémie Couleau et l'Ensemble A Sei Voci dirigé par Jean-Louis Comoretto

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…Cependant, se pose pour nous la question du sens réel de ces expressions. En d’autres termes, qu’est-ce qu’être un grand « inventeur » et un « compositeur excellent » à la Renaissance ? L’excellence n’est pas, à cette époque-là, l’apanage du génie, créateur d’une œuvre originale ex nihilo, mais appartient, bien au contraire, au musicien qui se situe dans une école ou encore une tradition. En composant une messe ad imitationem moduli Quam Pulchra es à partir d’un motet en mode de fa de Lupi, Phinot rend hommage à une œuvre, à son créateur, revendique également une paternité et s’inscrit enfin dans une tradition musicale, celle du contrepoint franco flamand. Le compositeur se trouve ainsi confronté au dilemme de composer à partir d’un matériau préexistant. Le terme ad imitationem renvoie à la notion d’imitation, toutefois il ne s’agit pas seulement dans ce cas précis d’imiter mais tout simplement de composer, c’est-à-dire littéralement, « de poser avec » ou d’assembler des éléments de manière élégante, et c’est dans cette élégance que se manifeste le talent de l’artiste. La rhétorique musicale de Dominique Phinot, dans la messe Quam Pulchra es, se développe ainsi dans le cadre de références intertextuelles qui sont pourvues d’une fonction sémantique frappante, inhérente aux réminiscences musicales des motifs empruntés à Lupi. Le tableau ci-dessous illustre parfaitement l’intertextualité en vigueur dans cette œuvre.

…But what does that really mean? Or rather, what did it mean in Renaissance times to be a great “inventor”, “an excellent composer”? Excellence at that time was not the prerogative of genius, one who created an original work ex nihilo. It belonged, on the contrary, to the musician who adhered to a school or tradition. In composing a Missa ad imitationem moduli “Quam Pulchra es” based on a motet written in the mode of F by Johannes Lupi (c. 1506–1539), Phinot paid tribute both to a work and to its creator, while also claiming paternity and joining a musical tradition, that of Franco-Flemish counterpoint. Phinot was thus faced with the difficulty of composing from pre-existing material. The term ad imitationem means “in imitation”, but in this case it was not a matter of simply imitating, but rather of composing (“placing with”), that is to say, putting elements together in an elegant manner. And indeed Phinot’s talent is shown in the elegance of his works. The musical rhetoric of Dominique Phinot in the Missa “Quam pulchra es” develops within a context of intertextual references that have a striking semantic function, inherent in the musical evocations of the motifs borrowed from Lupi. The table below shows that the intertextual links quite clearly.

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