Longtemps réduit à quatre œuvres très remarquablement situées aux deux extrémités de la carrière de Claude Debussy, Petite Suite et Marche écossaise d’une part, respectivement publiées chez Durand en février 1889 et chez Choudens en 1891, Six Épigraphes Antiques et En Blanc et Noir d’autre part, publiés la même année chez Durand, en 1915, le répertoire de la musique pour un ou deux pianos à quatre mains de Debussy connaît aujourd’hui, grâce au présent enregistrement, une brusque extension. / Claude Debussy’s répertoire of music for one or two pianos four-hands has long been reduced to four works, remarkably placed at the two extremes of his career; on the one hand, there is the Petite Suite and the Marche écossaise, published respectively in February 1889 by Durand and in 1891 by Choudens, while on the other hand there are the Six Épigraphes Antiques and En Blanc et Noir, both published in 1915 by Durand. Thanks to the present recording, this repertoire has now been suddenly extended.

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…En effet, non content d’inclure des œuvres encore méconnues telles que Lindaraja pour deux pianos à quatre mains, publié à titre posthume chez J. Jobert en 1926, et les quatre transcriptions réalisées par l’auteur lui-même, les deux premières l’étant à partir d’œuvres liées à l’obtention du Prix de Rome, L’Enfant Prodigue et Printemps, les deux dernières à partir d’œuvres célèbres entre toutes, Prélude à l’Après-midi d’un Faune et La Mer, cet enregistrement accorde pour la première fois une place de choix à cinq œuvres toujours inédites que de récentes recherches nous autorisent à situer dans le groupe des œuvres de jeunesse de Debussy, c’est-à-dire de celles qu’il composa de 1880 à 1884, alors qu’il était élève d’Ernest Guiraud au Conservatoire de Paris et qu’il séjournait à trois reprises, l’été, auprès de Nadejda von Meck à titre d’accompagnateur, comme celle-ci l’écrit le 22 juillet 1880 à Tchaïkowsky, de Suisse où Debussy venait de la re-joindre deux jours plus tôt pour la première fois: «Je l’ai engagé pour s’occuper des enfants pendant l’été, pour accompagner le chant de Julie et pour jouer avec moi à quatre mains ». La correspondance échangée entre le musicien russe et sa richissime protectrice nous apprend par ailleurs que Nadejda von Meck achetait un nombre considérable de transcriptions, qu’elle les jouait elle-même ou se les faisait jouer lorsque sa santé commença à décliner, et qu’elle encourageait régulièrement Tchaïkowsky à faire transcrire la quasi totalité de son œuvre; n’alla-t-elle pas jusqu’à faire publier à Moscou, chez Jurgenson, la transcription de trois danses extraites du Lac des Cygnes, qu’elle avait fait faire par Debussy, alors qu’il achevait son premier séjour auprès d’elle, en octobre 1880, cette partition devenant ainsi la toute première publication du musicien! Comment s’étonner alors de ce que, parallèlement à la préparation intensive au concours de cantate du Prix de Rome, Debussy se soit adonné à cette forme d’écriture pianistique au point de composer successivement, de décembre 1880 à juin 1882, un Allegro de Symphonie qu’il dédiera à Nadejda von Meck elle-même, un Andante, une ouverture Diane, une Suite d’orchestre à quatre mouvements intitulée Triomphe de Bacchus et un Intermezzo pour orchestre ? Certes, cette pratique intensive ne devait pas survivre à l’arrêt de ces séjours d’été passés auprès de Nadejda von Meck, mais il convient de rappeler que la première œuvre instrumentale personnelle dont Debussy autorisa la publication en février 1889, un an après celle du tout premier recueil de mélodies, fut précisément une œuvre pour piano à quatre mains, la Petite Suite; c’était un premier jalon dans une évolution riche en péripéties dont le présent enregistrement nous retrace le cours sinueux jusqu’à son expression ultime: En Blanc et Noir.

…This collection does not only include works which heve, up till now, remained little known; it also gives a place of honour for the first time to five works which are still unpublished. Lindaraja is one such little-known work, a duet for two pianos which was posthumously published by J. Jobert in 1926. There are also four transcriptions made by the composer himself, of which the first two, L’Enfant Prodigue and Printemps Were taken from works attached to winning the Prix de Rome; the last two corne from works which are famous above all others, the Prelude à l’Après-midi d’un Faune and La Mer. Of the unpublished works, recent research makes it clear that these belong to the group of Debussy’s youthful compositions, that is, dating from 1880 to 1884. At the time, he was a student of Ernest Guiraud at the Paris Conservatoire, and it was also at this time that he made three summer visits to Nadejda von Meck, who took him on as accompanist; on the 22nd July 1880 she wrote to Tchaikovsky from Switzerland, where Debussy had just returned for the first time two days earlier: « I have engaged him to look after thé children for the summer, to accompany Julie’s singing and to play duets with me ». The exchange of correspondence between the Russian musician and his wealthy patron shows us moreover that Nadejda von Meck was buying a considérable number of transcriptions, that she played them herself or had them played for her when her health began to decline, and that she consistently encouraged Tchaikovsky to have nearly ail his works transcribed. She even went as far as to have the trancription of three dances from Swan Lake published in Moscow by Jurgenson; she had these made by Debussy at the time when he was first staying with her in October 1880, so that this score became the musician’s very first published work! It is not surprising that, at the same time as making intensive préparations for the cantata competition of the Prix de Rome, Debussy should have given himself up to this form of writing for the piano, to the extent that he composed, from December 1880 to June 1882, one after the other, an Allegro for a symphony which he would dedicate to Nadejda von Meck herself, an Andante, the overture Diane, a Suite for orchestra in four movements entitled Triomphe de Bacchus and an Intermezzo for orchestra. Certainly, this intensive activity was not to survive beyond his summer visits spent with Nadejda von Meck, but it is worth remembering that the first time Debussy authorised the publication of one of his own works in February 1889, one year after the publication of the first collection of melodies, it was specifically a work for piano four-hands, the Petite Suite. It was an early milestone in an evolution which would be rien in exploration. The present recording leads us along this winding path to its ultimate expression: “En Blanc et Noir”.

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