La tradition musicale folklorique italienne est la plus pure, la plus vigoureuse, la plus diversifiée de toute l’Europe occidentale – et cela en vertu de différents facteurs. Facteur physique d’abord : des chaînes de montagnes divisent le pays en un certain nombre de régions naturelles qui ont su conserver un remarquable degré d’autonomie. / The tradition of Italian folk music turns out to be the least spoiled, most vigorous and most varied of all Western Europe. A number of factors have brought this about. The land is broken up by moutain chains into a number of natural regions. which have retained a remarkable degree of cultural autonomy.

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…Facteurs historiques ensuite. Après la chute de l’Empire romain, des vagues successives de Barbares envahissent l’Italie du Nord au Sud. Germains, Francs, Slaves, Maures, Normands laissent tous leur empreinte musicale dans les villages perdus sur les collines d’Italie. Au Moyen Age, le développement des cités-états va de pair avec la naissance de centres importants autour desquels les cultures locales cristallisent. Aujourd’hui encore, l’Italie ne possède aucune musique nationale susceptible de rivaliser ou même de reléguer à l’arrière-plan ses chants folkloriques multiformes. Souhaitons qu’il en soit toujours ainsi ! Chaque province a son propre style de chant caractéristique, et à l’intérieur des provinces elles-mêmes quantité de petites régions possèdent chacune leur propre tradition musicale et cérémonielle. La diffusion rapide d’une culture raffinée dans les villes italiennes à la Renaissance élève des barrières entre la ville et la campagne. La culture urbaine repose sur les traditions artistiques élaborées de la Grèce et de Rome cependant que les paysans perpétuent, immuables, des traditions plus anciennes. Le fossé entre la ville et la campagne ne cesse de se creuser au point qu’on finit par y parler des langues musicales différentes. C’est ainsi que l’Italie du XXe siècle est un véritable musée, non seulement d’art et d’architecture, mais aussi d’antiquités musicales —c’est-à-dire qu’on y retrouve la trace de toutes les influences qui ont marqué la musique populaire de l’Europe au cours des deux mille dernières années. Dans le dédale des terres arides de la Sardaigne septentrionale subsiste un système d’harmonie profane tout à fait unique et probablement antérieur à la polyphonie religieuse primitive. En fait, les nombreuses formes de polyphonie folklorique en Italie indiquent que la pratique du chant choral est un caractère européen populaire et primitif qui a précédé le développement de la musique savante au Moyen Age. Au Sud de Rome, le « keen » —chant populaire païen accompagné de lamentations— qui a totalement disparu partout ailleurs en Occident, y est encore vivace. Dans le Sud, les durs labeurs ne sauraient être accomplis sans des chants d’une forme au demeurant très ancienne. Les deux types de danses les plus populaires, la tarentella et le saltarello, sont encore exécutés dans le plus pur style romain ou étrusque comme si le danseur sortait tout droit d’une fresque d’époque. Les instruments de prédilection de la musique populaire actuelle sont toujours les mêmes qu’à l’époque classique : le pipeau, le tambourin, la cornemuse. Notre culture centralisée tend malheureusement à détruire cette riche tradition. En ce qui concerne l’industrie Italienne des variétés, elle n’accorde droit de cité qu’aux seules traditions populaires napolitaine et piémontaise. Toutes les radios, la télévision et les juke-box ne diffusent selon les jours que chansons napolitaines, jazz, ou opéras américains comme si les responsables des programmes musicaux avaient résolu de balayer l’ennemi —la musique folklorique— le plus rapidement possible. Le but que je m’étais fixé était d’inventorier tous les trésors de la musique folklorique italienne avec évidemment l’espoir que mes travaux trouveraient un écho et contribueraient à faire remonter cette musique dans l’estime du public. J’ai enregistré des centaines d’heures de bandes magnétiques dont j’ai déposé les copies aux Archives Nationales du chant folklorique près l’Académie Sainte-Cécile à Rome. Si la publication de ce disque pouvait susciter une vocation de mécène au sein de l’immense et prospère communauté italo-américaine, j’aurais plus qu’atteint mon but. Il suffirait en effet de quelques milliers de dollars pour ressusciter le chant folklorique et populaire en Italie et enrichir encore davantage la vie de ce merveilleux pays. Si j’ai pu faire ce que j’ai fait en Italie, c’est en grande partie grâce à l’enthousiasme débordant, au talent et à l’érudition de mon principal collaborateur, Diego Carpitella. Il est avec moi le plus grand fournisseur des archives en documents sonores et c’est avec un immense plaisir que je lui rends hommage ici.

After the fall of ancient Rome, scores of invasions swept Italy from the North and South. German, Frank, Slav, Moor, Norman —all left their musical traces in villages lost in the Italian hills. In the Middle Ages the rise of city states created scores of strong centers round which these local cultures could coalesce. Even today Italy has no national music which can match or overshadow its variegated folk song pattern. I pray that it never will. Each province has a distinctive song style, and within this, scores of small regions each with its own tradition of songs and ceremonies. The swift rise of high culture in Italian cities during the Renaissance erected barriers between the habits of town and countryside. The city folk based their culture on the fine art traditions of Greece and Rome, while the peasants continued undisturbed in their even more ancient ways. The gap between city and country widened until they spoke different musical languages. Thus, Italy is a 20th century museum, not only of art and architecture, but of musical antiquities as well —of important trends that have affected the folk music of Europe for the last 2000 years. In the tangled wasteland of Northern Sardinia we found a system of folk harmony unrelated to and probably antedating the earliest church polyphony. Indeed, the many forms of folk polyphony in Italy indicate that the practice of singing in chords is an ancient European folk trait which preceded the development of fine art music in the Middle Ages. South of Rome the « keen » —the sung funeral lamentation of pagan times which has completely died out elsewhere in the west— is a perfectly everyday occurrence. The labor of the South could not be done without a host of work songs of a very ancient mold. The two most popular dance forms —the tarantella and the saltarello— are still performed as if the dancers had stepped straight out of some Roman or Etruscan mural. The favoured folk instruments of today —the shepherd’s flute, the bagpipe and the tambourine— were also popular in classical times. The barbarous habits of our centralized culture is, of course, rapidly destroying this rich tradition. So far as the Italian amusement industry is concerned, the only worthwhile native song traditions are those of Naples and of Piedmont. The full battery of radio, TV and the juke box lays down a steady barrage of Napolitan song, American jazz and opera, day in and day out, as if the musical administrators had resolved to wipe out the enemy, folk music, as quickly as possible. The entire intention of my work was to survey the riches of Italian folk music in the hope that it, too, would get a hearing and gain a foothold in popular esteem. To that end I recorded a hundred hours of tapes, copies of which were deposited in the national folk song archive in the Accademia de Santa Cecilia in Rome, and if the publication of this record helps to discover a patron for the Archive among the huge and wealthy Italian-American community, it will more than accomplish its aim. Here only a few thousand dollars would help to bring about a folk song revival in Italy which would vastly enrich the life of that wonderful country. For what I was able to accomplish in Italy I am indebted to the tireless enthusiasm, great talent and learning of my principal collaborator, Diego Carpitella, who is the largest contributor, besides myself, to the files of recordings in the Archive. It gives me great pleasure to acknowledge my obligation to him in this place. There follow the briefest possible descriptive notes covering the items on this record, giving a representative panorama, though, of course, not a complete picture of the field.

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