De la musique ! Rien que de la  musique ! Vieux papiers jaunis aux « tournes » salies, quantités de musiques de toutes sortes ! Quatuors, trios avec piano, duos pour violon et piano, partitas de Bach pour violon seul, arrangements divers, musiques contemporaines

Hommage, enfin, aux grands maîtres (Schmitt, Fauré, Ysaÿe), ainsi qu’aux femmes, dont Durosoir affirmait qu’elles étaient indispensables à la manifestation du génie humain (Lili Boulanger, Clara Schumann).

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« Dans la malle du Poilu » : ce titre ressemble à une provocation, car les poilus n’ont pas de malle. Ils ont un sac à dos, un « barda », qui contient pêle-mêle tout le bric à brac de  leur quotidien : effets personnels, victuailles envoyées par les proches pour améliorer l’ordinaire, photographies, lettres, objets fétiches, tout ce qui constitue le microcosme de leur vie intime. Il est lourd le sac à dos, souvent très lourd, jusqu’à 30 kg, mais il est le compagnon de toutes les  marches et de tous les instants hors combat. Ce qui leur appartient encore de  vie est là-dedans.

Une légende alors, cette « malle du Poilu » ? Non, puisqu’elle est là, sous nos yeux, modeste caisse, mais fort solide. C’est la malle du soldat Durosoir, construite, en novembre 1915 et sur ordre d’un  colonel, par les sapeurs du 129e régiment d’infanterie. Elle est lourde de ce poids que seuls des livres peuvent lui donner. La curiosité est  trop forte : ouvrons-la…

De la musique ! Rien que de la  musique ! Vieux papiers jaunis aux coins retournés, aux « tournes » salies, quantités de musiques de toutes sortes ! Quatuors, trios avec piano, duos pour violon et piano, partitas de Bach pour violon seul, arrangements divers, musiques contemporaines (le quatuor de Debussy, le Quintette de Gabriel Dupont, le trio pour violon, violoncelle et piano de Ravel) et anciennes (Jean-Marie Leclair, Giovanni Battista Lolli, motets d’Henry Du Mont, compositeur du 17e siècle, arrangés pour violon, harmonium et clarinette (!). Ces vieilles pages, usées d’avoir tant servi, semblent pourtant sourire, d’un sourire  énigmatique qui veut nous dire : « alors, surpris ? » ; surpris, certes oui, car on se demande : « Comment, dans le contexte brutal, sauvage, impitoyable de  la guerre, une caisse de musique a-t-elle pu être constituée sur ordre d’un colonel ? Qui s’en est servi ? Qui a choisi, qui envoyé ? Quels musiciens ont déchiffré, travaillé, joué ? Et devant quels publics ? Comment des élégies, des berceuses, des mouvements de quatuors ont-ils pu se faire entendre dans le fracas des combats, des bombardements, des destructions à grande échelle, des cris de l’assaut et des gémissements des mourants ? Enfin, quel est ce mystère ? »

Le fait est là, devant nos yeux : la caisse de musique, la malle du poilu, a une histoire à elle, totalement singulière et émouvante : elle dit qu’il y a eu des moments où, dans les  périodes de repos de la troupe, la musique a fait taire le canon, la paix a relayé la guerre, l’homme est redevenu homme, la bête a été domptée. Encore pleines des bruits et des odeurs de la guerre, ces feuilles nous racontent l’histoire d’un groupe d’hommes, tous musiciens de haut niveau qui, entre deux combats sanglants en Artois ou en Champagne, ont forcé le destin pour retrouver et imposer leur identité d’artistes : autour de Durosoir, Caplet, Maréchal et d’autres. Faire de la musique, explorer le nouveau et relire l’ancien, dévorer des pages et des pages, s’arrêter sur les plus intéressantes et les plus belles, discuter de leurs mérites, s’engager dans le travail tendant à l’interprétation la plus juste : c’est cela, la vie des musiciens. La guerre imposée les changes en d’autres hommes, les soumet à des lois qu’ils ne reconnaissent pas et n’adoptent que par devoir. Dès le retrait des « premières lignes », on tend à redevenir soi-même et on revient à son art. C’est ce qu’ils firent, c’est ce que raconte la « malle du Poilu ».    Georgie Durosoir

‘In the Poilu’s Trunk’: this title might look like a provocation since poilus did not have trunks. Rather, they had backpacks (a barda or kit) that contained all the odds and ends of their daily life jumbled up together: personal belongings, food sent by loved ones to improve their normal fare, photographs, letters, fetishes – everything that constituted the microcosm of their private life. The backpack was heavy, often quite heavy (up to 66 lbs), but it was the companion of all the marches and every moment outside of combat. What still remained of their ‘normal’ life was in it.

So then, is this ‘Poilu’s trunk’ a legend? No, since here it sits, before our very eyes, a modest yet very solid box. This was the trunk of Private Durosoir, built in November 1915 by the sappers of the 129th infantry regiment on the orders of a colonel. It is heavy with the weight that books alone can give it. Curiosity is overwhelming: let’s open it…

Music! Nothing but music! Old yellowed papers with corners folded over, dirtied ‘turns’: quantities of music of all kinds! Quartets, piano trios, duos for violin and piano, Bach’s partitas for solo violin, various arrangements, music both contemporary (the Debussy Quartet, Gabriel Dupont’s Quintet, Ravel’s Trio for violin, cello and piano) and old: Jean-Marie Leclair, Giovanni Battista Lolli, motets by Henry Du Mont, a 17th-century composer, arranged for violin, harmonium and clarinet (!)… These old pages, worn from having served so much, nonetheless appear to smile with an enigmatic smile that seems to say to us: ‘So then, surprised?’ Surprised indeed, for one wonders ‘How, in the brutal, savage, pitiless context of the war, could a crate of music have been assembled on a colonel’s orders? Who used it? Who chose, who sent? What musicians sight read, practised, played? And for what audiences? How could elegies, lullabies, or quartet movements have been heard in the din of battle, bombardments, large-scale destruction, shouts of assault and the moans of the dying? Finally, what is this mystery?’

            The fact is there, before our eyes: the crate of music, the poilu’s trunk, a story in itself, thoroughly singular and moving. It tells us that there were moments when, during the troop’s rest periods, music silenced the cannon, peace relayed the war, man again became man, the beast was tamed. Still rife with the noises and odours of war, these sheets tell us the story of a group of men, all top-notch musicians who, between two bloody combats in Artois or Champagne, forced fate to regain and impose their identity as artists: in addition to Durosoir there were Caplet, Maréchal and others. To make music, explore the new and reread the old, devour page after page, pause over the most interesting or most beautiful, discuss their merits, engage in work aiming at the most accurate interpretation: such is the life of a musician. The war imposed changes in other men, subjecting them to laws that they did not recognize and adopted only out of duty. Once back from the ‘front lines’, one tended to become oneself again and return to his art. That is what they did. That is what the ‘Poilu’s trunk’ relates.      John Tyler Tuttle

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